Histoire des Perrières

Histoire des Perrières

Utilisation de la roche par l’Homme – L’Extraction

L’extraction du falun a commencé très tôt, au VIème siècle, pour en faire des sarcophages à Douces, à La chapelle et à Soulanger. Puis, ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle que son extraction à grande échelle a débuté aux Perrières : le falun est alors utilisé comme pierre à bâtir, plus tard comme sable à Doué et à Douces, et enfin pour la chaux et notamment dans le quartier de Soulanger. Quelques carrières intermédiaires entre les XV ème et XVIII ème siècles existent, certaines sont encore visibles sur le site des Arènes.

La période faste d’extraction qu’est le XVIIIème siècle fait suite au développement économique de Doué dû à la culture de rosiers, en particulier. En effet, sous l’ère du Baron Foullon, de nombreuses familles sont venues y travailler et s'y installer. La nécessité de construire des logements et des bâtiments agricoles a poussé les douessins à trouver de la pierre de construction.

Un problème s'est alors posé : comment extraire cette roche sans abîmer les champs en surface, la région étant une plaine, la pierre n’est pas accessible comme le tuffeau à flanc de coteaux. La solution a donc été l'extraction verticale.

Disposant d’outils agricoles peu adaptés, ils ont extrait le falun avec une technique unique. Cette méthode d'extraction se décompose en plusieurs phases :

Dans un premier temps - Réalisation d'une tranchée : les agriculteurs retiraient la terre arable au centre de la parcelle (cinquante centimètres). Puis ils creusaient une tranchée d’environ un mètre de large sur plusieurs de long dans la roche.

Dans un second temps - Extraction de la pierre : pour assurer la stabilité en surface, ils creusaient une salle en forme d'ogive, à l'aide d'un dérivé de la pioche : un pic ou pierrochet. Des traces d'extraction obliques sont visibles sur la roche étant donné que les agri-carriers descendaient par paliers suivant les veines du falun. Ils  sortaient les blocs de la masse rocheuse, puis les taillaient aux bonnes dimensions dans la cave, prêts à être vendus. La quantité de déchet de taille est estimée à 40% du volume de la salle, ces déchets étaient évacués au fur et à mesure dans les salles adjacentes. Les quartiers étaient ensuite remontés avec un treuil posé à cheval sur la tranchée.

Dans un troisième temps - Fin du chantier : le banc de Falun était exploité jusqu'à la nappe phréatique (environ vingt mètres). Les hommes laissaient volontairement des morceaux de roche inexploités sur les parois pour poser leurs échelles  (support d’échelle ou pied d’échelle) afin de remonter en surface. La salle était refermée avec les derniers blocs extraits, formant une clé de voûte assurant ainsi la stabilité de l'ensemble. Enfin ils remettaient les cinquante centimètres de terre arable puis cultivaient de nouveau leurs champs durant la période estivale.

Au XXème siècle, l'arrivée du béton a mis fin à l’extraction de nombreux matériaux de construction naturels, dont le grison (nom local donné au Falun).

 

Réutilisation des caves en général…

Pour les plus anciennes comme les carrières de sarcophages elles furent réemployées en refuges pendant les invasions vikings, normandes. D’autres serviront de prisons ou cachettes pendant les différents conflits qui se dérouleront sur notre territoire (querelles entre comtes de Blois et d’Anjou, guerre de religion puis de Vendée où un millier de blancs « monarchistes » seront enfermés dans les caves des Arènes, sans oublier la dernière guerre mondiale)

De très nombreuses caves sont utilisées à des fins de logement. Ainsi, peu d’habitations construites sont antérieures au XVème siècle. La majorité de la population vivait sous terre. Une bonne dizaine de caves fortes (fortifiées) ou roches sont présentes sous la commune également. Dans ce cas, il s’agit plutôt des logements seigneuriaux ou rattachés à des congrégations religieuses. On trouve également des lieux de cultes. Pour les plus modestes, ce type d’habitat était peu couteux donc très prisé. Jusqu’au XIXème siècle, un quart des habitants vivait encore dans ces conditions.

L’économie locale profitera aussi de cette particularité, les caves deviendront lieux de stockage pour le vin, champignonnière, abris pour les jeunes plans des pépiniéristes, lieux de visites, restaurants et même hébergements touristiques.

 

…Et aux Perrières en particulier

Aux Perrières, dès le XVIIIème siècle, certaines caves ont été réutilisées comme habitations, elles avaient les qualités thermiques et acoustiques d'une maison en grison (appellation locale du falun). Il suffisait juste de détruire la voûte de certaines caves afin de créer une carrie ou courée (contraction de cour et carrière), puis des ouvertures sur la façade tournées vers le sud étaient percées pour laisser entrer la lumière.

Dans ces troglodytes, la température naturelle ne dépassant pas 12°C, les habitants chauffaient les pièces avec une cheminée, autour de laquelle s'articulait la vie du foyer. On peut voir des cheminées dépasser de certains champs ou jardins en se promenant sur la Rue des Perrières. 

L’étanchéité du toit est assurée par une couverture végétale constituée d’iris, de genêts, de lilas, de millepertuis plantés juste au-dessus de la tranchée refermée par les pierres en bâtière ou faîtière.

Aux Perrières, trois familles vécurent jusqu’en 1976. Ensuite, les lieux ont été réaménagés en centre d'hébergement d'une capacité de cinquante-huit couchages et dotés d'une salle de réception pouvant accueillir 80 personnes.

Dès le début des années 1960, une partie des caves (4,5 hectares soit environ 500 salles) a été réutilisée pour la culture des champignons. En effet, l’obscurité, l’humidité et la température constante des caves semblaient convenir à cette culture. Toutefois, dans les caves de falun, il était difficile de maintenir une température constante et suffisamment élevée. Les champignonnistes ont donc décidé de chauffer les salles, de les ventiler. Le volume trop important des caves les ont obligés à tendre des bâches de nylon, créant ainsi un faux plafond à une hauteur d'environ trois mètres. Cette installation sommaire permettait de freiner la déperdition de l’air chauffé qui plus léger que l’air froid montait dans ces caves cathédrales de quinze à vingt mètres de haut.

Les champignonnistes ont rencontré un autre problème. La condensation se formant sous les bâches tombait sous forme de gouttes d’eau sur les champignons, les tachait, les rendant ainsi invendables.

La culture du champignon aux Perrières s’est arrêtée en 1981 au profit des caves de tuffeau dont la température naturelle était plus élevée, adaptée et surtout constante.

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